Radio H ➍

  • ➍ Radio H – Sommaire RadioHHH

    Pour la 4ème session de Radio H. découvrez la naissance, la chute et la rédemption d’Anatalius directement tiré du livre d’Arthur Le cauchemar Merveilleux paru chez Acte sud.

    Une rencontre avec Wajdi Mouawad, homme de théâtre, metteur en scène, auteur, romancier, cinéaste. Rencontre originale puisqu’elle a lieu à Lima au Pérou. Arthur et Wajdi se sont rendus en Amazonie afin de travailler sur un spectacle. Ils parlent de la présence, des super héros, du théâtre et de l’enfance.

    La rubrique  du cœur du Docteur Love. Docteur Love est un thérapeute poète spécialiste de l’amour et des problèmes de cœur. Il répond au téléphone à Irène, il lui raconte une histoire hassidique mais pour une fois, face à la fougueuse Irène, Docteur Love perd ses moyens…

    Pour finir un poème d’Arthur, dédié à Irène, Sêve féminine.

  • ➍ La rubrique du cœur du Docteur Love x

    Docteur Love est un thérapeute poète spécialiste de l’amour et des problèmes de cœur.

    Il répond au téléphone à Irène, il lui raconte une histoire hassidique mais pour une fois, face a la fougueuse Irène, Docteur Love perd ses moyens…

     

  • ➍ Une rencontre avec Wajdi Mouawad Mouawad-s-est-reinvente-en-solitaire

    Homme de théâtre, metteur en scène, auteur, romancier, cinéaste.

    Rencontre originale puisqu’elle a lieu à Lima au Pérou.

    Arthur et Wajdi se sont rendus en Amazonie afin de travailler sur un spectacle. Ils parlent de la présence, des super héros, du théâtre et de l’enfance.

  • ➍ l’ENFaNCE D’aNaTaliUS 4139244462_7b016e61c1_b

    Mon nom est Anatalius. Quand j’étais dans le ventre de mon père je savais déjà parler. Je passais mon temps à inventer des mots que je combinais au hasard de trou- vailles magnifiques. Mon père écoutait et comprenait les histoires que je lui contais dans cette langue incon- nue. Il adorait également que je lui fredonne les chan- sons que ma mère me communiquait constamment par télépathie. Une nuit Papa sentit les premières contrac- tions. Il hoqueta, toussa violemment et, soudain, je jaillis de sa gorge, tel un petit diable sortant du trou de l’enfer. Maman me rattrapa au vol, me colla contre elle et me nourrit de la splendide purée de banane qui sortait de ses seins jaune or.

    Ils m’aimaient beaucoup mais je m’ennuyais avec eux ; alors, à deux ans, profitant de leur éternel bavardage et de leurs querelles incessantes, je m’enfuis. Sûr de mon charme et encore innocent, je dérobai quelques costumes dans la boutique d’un grand couturier afin de pouvoir me sustenter dans de prestigieux restaurants où je faisais croire au personnel que je venais de faire fortune à l’étranger et qu’ainsi je reviendrais au plus vite régler mes ardoises.

    Je dormais dans les bois, au-delà des faubourgs, et au petit matin, après m’être lavé dans la rivière glacée et parfumé d’orties sauvages, je revenais à la ville et descendais les avenues à la recherche de rencontres, provoquant les bagarres et courtisant les femmes.

    Mais tout cela ne dura qu’un temps… Bientôt, vers l’âge de quatre ans, sans raison apparente, un sentiment d’infériorité me submergea, une sensation de honte pénétra mon ventre, contamina l’estomac. Terrassé par la souffrance, je sombrai dans une dépression abyssale.

    Je ne fus bientôt plus qu’une loque, je buvais l’eau du caniveau et à la fermeture des grandes surfaces je disputais aux rats les choux avariés et les carottes pourries. J’étais si maigre que je me sentais déjà passer de l’autre côté. J’étais devenu transparent, ayant atteint l’invisibilité avant le grand passage.

    Une nuit, alors que j’agonisais au fond d’une ruelle, j’entendis la pluie me chanter une chanson. En tapant sur la carcasse de voiture qui me servait de chambre, sur les tas de détritus qui me servaient de lit, sur ma couverture de cartons déchirés, elle inventait des mélodies lumineuses, d’une simplicité et d’une beauté féeriques. Je les écoutai de tout mon être pour ne pas les oublier. Au lever du jour, la pluie cessa et je me rendis sur la place du marché où je commençai à chanter ces chansons d’eau et de larmes. Ma voix était pure, gracieuse et puissante. Immédiatement les femmes pleurèrent et les hommes me prirent dans leurs bras pour pouvoir m’offrir leur argent et leur amitié. Je chantai toute la journée et le soir je dormis dans les draps d’un hôtel de luxe après avoir englouti trois canards fourrés aux patates douces et m’être soûlé de champagne mexicain.

    J’enregistrai les musiques que la pluie continuait de me communiquer en rêve et je devins fabuleusement riche.

    À l’âge de cinq ans j’achetai tout un quartier de la ville, j’expulsai les habitants, je rasai les maisons et me fis construire un château. Je creusai un lac, dressai une montagne et plantai une forêt de séquoias que j’appelai la Forêt Sombre du Beau Malheur. Je fis rechercher mes parents, les retrouvai et leur offris une place de domestique. Ma mère reprisait les tapisseries et secouait la poussière des tentures, mon père réparait les pendules cassées et changeait les ampoules. Ils dormaient dans la cave à même le sol, étaient privés de salaire mais ils étaient bien traités et la nourriture était gratuite.

    Un jour toutefois, malgré le succès éblouissant, lassé des foules amoureuses, des filles faciles et des onctuo- sités des quémandeurs, je décidai brusquement de mettre fin à ma carrière artistique. Je fis murer l’entrée de ma propriété et me réfugiai dans la forêt de séquoias. Au cœur de la mégapole j’étais le seul à dormir à la belle étoile, à me nourrir d’asperges sauvages, à recueillir le miel des abeilles libres et à nager nu dans mon lac artificiel.

    Après trois ans de solitude, de méditations profondes, saturé d’extases surnaturelles, je fus également las de ma condition d’ermite. Une nuit de juin j’escaladai le mur d’enceinte et aperçus les merveilleuses lumières des autoroutes qui encerclaient mon château. J’étais dans une parfaite forme physique. Je n’avais que neuf ans. Ma vie commençait à peine.

  • ➍ SÈVE FÉMiNiNE milky-way-417935_960_720

    Sève féminine
    Douce comme la mort
    Sucre arc-en-ciel
    Sang de la fleur
    Source d’étoiles
    Qui jaillit d’une grotte galactique

    Ouragan au ralenti
    Tornades accueillantes
    Jaillissements primitifs
    De rivières souterraines
    Plus anciennes que la souffrance
    Ovules multicolores
    Engrossés par un flux de photons
    Fertilisations savantes
    Pures comme ta peau