Radio H ➋

  • ➋ Radio H — Sommaire RadioHHH

    Ce soir dans Radio  H. découvrez l’errance de Lily Dale. Lily s’enfuit de son petit bar de l’est des Etats Unis, bleu de fumée, avec Jim, un jeune cow-boy amoureux d’elle.

        Une rencontre avec le grand James Thiérrée

    James Thiérrée, obsessionnel équilibriste, équilibriste exceptionnel, acrobate qui se contorsionne sur un trapèze tout en jonglant avec n’importe quoi, maitre du déséquilibre, ennemi personnel de la loi de la gravitation, sa chute perpétuelle est toujours poétique et belle. Arthur le rejoint sur le fil du funambule pour une discussion périlleuse.

    La rubrique  du cœur du Docteur Love ou parfois appelé Docteur H. Docteur Love est un thérapeute poète spécialiste de l’amour et des problèmes de cœur. Il répond au téléphone à son patient préféré, Jean Paul Dix., qui fait une grosse dépression. Docteur Love a toujours des réponses. Il est aussi un spécialiste de Django Reinhart et du jazz manouche.

      Une lettre érotique de James Joyce à sa femme Nora Barnacle extraite de L’Or d’Eros de Nicolas Repac et Arthur H.

    Ces lettres (une douzaine) ont été échangées par Joyce et Nora entre août et décembre 1909, lors de deux brèves périodes de séparation. Joyce a vingt-sept ans, Nora vingt-cinq, Ils vivent, pauvrement, à Trieste. Joyce effectue à deux reprises un voyage à Dublin pour s’occuper de l’ouverture d’un cinéma destinée à lui procurer quelque argent. C’est à l’occasion de ces séjours qu’aura lieu cette correspondance extraordinaire et sulfureuse qui ne sera connue qu’en 1957.

  • ➋ Docteur Love Django_Reinhardt_(Gottlieb_07301)

    La rubrique  du cœur du Docteur Love ou parfois appelé Docteur H. Docteur Love est un thérapeute poète spécialiste de l’amour et des problèmes de cœur. Il répond au téléphone à son patient préféré, Jean Paul Dix., qui fait une grosse dépression.  Docteur Love a toujours des réponses. Il est aussi un spécialiste de Django Reinhardt et du jazz manouche.

  • ➋ Lettre à Nora – James Joyce James_Joyce_by_Alex_Ehrenzweig,_1915_cropped

    2 décembre 1909

    44 Fontenoy Street, Dublin.

    Ma chérie.
    Je devrais commencer par te demander pardon, peut-être, pour la lettre extraordinaire que je t’ai écrite hier soir. Tandis que je l’écrivais, ta lettre était devant moi et mes yeux étaient fixés, comme ils le sont maintenant encore, sur un certain mot. Il y a quelque chose d’obscène et de lubrique dans l’aspect même des lettres. Sa sonorité aussi est pareille à l’acte lui-même, bref, brutal, irrésistible et satanique.

    Chérie, ne t’offense pas de ce que je t’ai écrit. Tu me remercies du beau nom que je t’ai donné. Oui, ma chérie, c’est un beau nom : « Ma belle fleur sauvage des haies ! Ma fleur bleu-nuit inondée de pluie ! » Tu vois que je suis encore un peu poète. Je te donne aussi un très joli livre en cadeau : et c’est le cadeau d’un poète à la femme qu’il aime. Mais , tout à côté et à l’intérieur de cet amour spirituel que j’ai pour toi, existe aussi un désir sauvage, bestial, de chaque pouce de ton corps, de chacune de ses parties secrètes et honteuses, de chacune de ses odeurs et de ses actions. Mon amour pour toi me permet de prier l’esprit de la beauté et de la tendresse éternelles reflété dans tes yeux ou de te jeter sous moi sur ce ventre que tu as si doux et de te baiser par derrière, comme un porc besognant une truie, me faisant gloire de la sueur empuantie qui monte de ton cul, de la honte étalée que proclament ta robe troussée et tes culottes blanches de petite fille, et de la confusion que disent assez tes joues brûlantes et tes cheveux en bataille

    Il me permet d’éclater en sanglots de pitié et d’amour pour une parole à peine, de trembler d’amour pour toi en entendant tel accord ou telle cadence musicale, ou bien d’être couché avec toi tête-bêche, sentant tes doigts me caresser et me chatouiller les couilles ou fichés en moi par derrière, et tes lèvres chaudes suçant ma bite, tandis que ma tête est coincée entre tes grosses cuisses, mes mains serrant les coussins ronds de ton cul et ma langue léchant avidement dans ton con rouge et dru. Je t’ai appris à presque te pâmer en écoutant ma voix chanter ou murmurer à ton âme la passion, la peine et le mystère de la vie, et en même temps je t’ai appris à me faire des signes orduriers des lèvres et de la langue, à me provoquer par des attouchements et des bruits obscènes, et même à accomplir en ma présence l’acte corporel le plus honteux et le plus dégoûtant. Tu te souviens du jour où tu as relevé tes vêtements et m’a laissé me coucher au-dessous de toi pour te regarder en pleine action ? Tu eus honte alors de croiser seulement mon regard.

    Tu es à moi, ma chérie, à moi ! Je t’aime. Tout ce que je viens d’écrire, c’est quelques instants seulement de folie bestiale. La dernière goutte de semence vient à peine de gicler dans ton con, que cette folie a pris fin, et mon amour sincère pour toi, l’amour de mes poèmes, l’amour de mes yeux pour tes yeux étranges et tentateurs, vient souffler sur mon âme comme un vent d’épices. Ma bite est encore chaude, raide, tremblante de la dernière poussée brutale qu’elle t’a donnée, que l’on entend une hymne légère monter des sombres cloîtres de mon coeur, chantant mon adoration tendre et pitoyable.

    Nora ma chérie fidèle, ma petite canaille d’écolière aux yeux doux, sois ma putain, ma maîtresse, autant qu’il te plaira (ma petite maîtresse branleuse ! ma petite putain à baiser !) tu es toujours ma splendide fleur sauvage des haies, ma fleur bleu-nuit inondée de pluie.

    Jim.


    L’Or d’Eros, Nicolas Repac et Arthur H.
    Lettre à Nora

    label : Naive Records
    parution : 2014

    97082978_o

  • ➋ Une rencontre avec le grand James Thiérrée 7214932080_c8c0e8594d_b

    James Thiérrée, obsessionnel équilibriste, équilibriste exceptionnel, acrobate qui se contorsionne sur un trapèze tout en jonglant avec n’importe quoi, maitre du déséquilibre, ennemi personnel de la loi de la gravitation, sa chute perpétuelle est toujours poétique et belle. Arthur le rejoint sur le fil du funambule pour une discussion périlleuse.

  • ➋ Le destin de Lily Dale BellocqBlondNude

    Hey Lily, Lily Dale ! Tu te rappelles ?

    Lily, ça fait vraiment longtemps que je ne t’ai pas vu ! Qu’est-ce que tu es devenue ? Miss Lily Dale…  La dernière c’était dans ce bar de l’est, ce petit bar de l’est bleu de fumée, rempli de fugitifs, d’estropiés, de fugueurs, de poétiques déserteurs. Et puis ce très beau cow-boy, gueule d’ange un peu cassée qui restait dans son coin à te regarder.

    Comment il s’appelait déjà ? Jim c’est ça ? T’es tombée amoureuse de lui ?

    A cause de cet air de gosse perdu, ce sourire en coin d’aventurier largué, cette façon qu’il avait de bégayer à chaque fois qu’il te parlait ? C’est ça Lily ?

    Enfin un jour t’étais plus là, disparue Lily ! Et comme lui aussi a disparu, c’était vite plié, tu t’es enfuie, tu as tout quitté, avec lui… Lily, Lily Dale !! Ouais !

    Tu m’as beaucoup manqué tu sais, ton sale caractère, ta beauté…

    Et puis surtout les fous rires qu’on se prenait à critiquer tous les habitués de ce petit bar bizarre, de ce bar de l’est bleu de fumée.

    Oh Lily, and the moon shines Bright…

    Oh Lily j’ai su après, oui on m’a tout raconté. Bien sûr vous êtes partis vers l’ouest, mais pas si loin finalement. Apparemment il t’a eu en chantant, Il avait une belle voix hein ?

    Ça je m’en rappelle, le cowboy chanteur : « Nous irons vivre libre dans un pays sauvage, nos armes seront l’amour et le courage, mon amour n’ai pas peur, je saurais te défendre et d’un bon coup de botte sonner les serpents à sonnette » qu’il te chantait, ce jeune cowboy à la voix suave, à la gueule un peu cassé.

    Bon évidemment, vous étiez totalement fauché, pas un radis ni un kopeck, alors comment on fait Lily, comment on fait ? Vous dormiez à la belle étoile, vous mangiez des baies, myrtilles et groseilles, c’était l’été. Un jour au cœur de la forêt, vous avez croisé un indien blessé, un mec pas commode, un peu désespéré, vu qu’il avait un peu tout perdu. Jim et lui se sont battus, toi tu criais mais ça servait à rien alors tu as commencé à pleurer et ils se sont arrêtés  pour te regarder. Puis je sais pas pourquoi, ils ont commencé à rire. Au début t’étais assez vexée, puis tu as commencé à rire aussi et ils ont arrêtés de se battre. Ils se sont levés et vous êtes devenus amis. Evidemment tu es un peu tombée amoureuse de l’indien au début, ça c’est toi Lily ! Mais c’est pas allé plus loin, t’aimait trop Jim de toute façon et puis l’indien y s’en foutait. Il chassait bien alors vous aviez à manger.

    Hey Lily tu te rappelles quand après la fermeture du bar tu m’as emmené à la rivière ?

    C’était fin juillet je crois ou début août je sais plus. Il faisait vraiment très chaud cette nuit là.

    Tu t’es déshabillée, tu t’es baignée toute nue, tu m’as demandé de te rejoindre. Moi j’ai gardé mes habits, t’étais quand même vachement belle… On a glissé dans l’eau tiède, on a nagé jusqu’à la petite île, on y voyait comme en plein jour avec cette Lune tellement énorme. Sur ce petit banc de sable blanc, tu t’es approchée de moi, tu m’as embrassé, tu te rappelles ?

    Après on est rentré, on en a jamais parlé. J’ai écris un poème sur cette fameuse nuit, tu sais ? Mais je ne te l’ai jamais lu, ça s’appelle Le baiser de la Lune :

    Dans l’obscure clarté tu me devines
    Tu sens quelque chose qui te frôle
    Si tu veux je suis l’homme sirène
    Ce sont mes deux mains
    Les blanches murènes

    Let’s swim to the end of the Moon
    Love me till I’m gone with the Moon

    Lily la dernière fois qu’on vous a vu tous les trois, toi, Jim et l’indien, c’était dans ce patelin pourri près de Kansas City. Après on a complètement perdu votre trace. Lily, Lily Dale… Des fois je vous imagine tous les trois là-bas, le plus loin à l’ouest. Peut être en Californie, qui sait ?

    Il paraît que tout est possible en Californie et qu’il y a de la place pour tout le monde !

    Enfin, comme tu vois, je pense souvent à toi et ça me rend heureux, triste aussi, triste et heureux ! Lily… t’es où Lily ? Lily Dale !