➏ ANATALIUS SANS REMORD NI REGRET

(mais véridiquement pétri de gratitude)

Merci pour l’ivresse, l’amour, le désir etc…
Merci pour l’humiliation, les blessures, les tristesses etc…
Merci pour avoir léché les pétales d’une fleur de chair
Merci pour avoir léché les contours d’une vieille plaque rouillée

D’avoir escaladé les barbelés
Les mains couvertes de sang
Pour choir dans le jardin interdit

D’avoir mangé des cailloux
Pour déféquer des émeraudes

Merci pour le ventre qui trésaille, pour la main qui tremble,
Pour l’œil qui se ferme, le pas qui se ralentit

Merci pour les secousses d’un cœur en latex
Le cœur amoureux qui implose au ralenti
Merci pour l’oiseau empoisonné
qui crève sur le rebord d’une gouttière
et pour le chat de riche qui somnole
à l’ombre d’un palais de cristal

Merci pour l’unique jambe de l’unijambiste
pour l’œil étincelant du cyclope
pour l’œil supra conscient du sourd dingue

Merci pour le rire clandestin
plus assassin que la troisième guerre mondiale

Merci pour mots, images, sons, chansons merveilles de peintures invisibles
qui tracent dans l’air
les esquisses fugaces
de la joie insaisissable

Merci pour avoir chuté dans l’escalier
et s’être relevé telle ballerine miraculeuse

Merci à tous les êtres qui après m’avoir enduit de goudron parfumé
ont déversée tonneaux de plume d’or
sur mon squelette de chair

Merci à tous les enfants qui me resteront à jamais
soleils infinis et plaies d’amour à jamais purulentes
merci à la femelle sensible qui déborde d’une plénitude irréelle
merci, merci encore !
enfin merci pour tout quoi !