➎ James Noel

Charade, Mon premier c’est James.

James pour moi ça sonne aristocrate, anglais évidemment, roux of course, moustache of course, installé dans un vieux fauteuil en cuir dans un vieux private club de Londres, en train de lire un vieux livre pornographique victorien, la bouteille de gin, ou la du très bon gin, à moitié vide devant lui, hello James How do you do ? Mais james ne répond pas, les yeux mi clos, il rêve… ca c’est James

Mon deuxième c’est Noel. Cri de joie dans la paille, petit enfant juif qui naît dans un pays occupé, qui apporte le culte de l’amour, l’insoumission, dynamite spirituelle. Noel c’est des batailles de boules de neige de minuit par des enfants sauvages de Finlande, des babouchka russes qui marchent près d’une rivière gelée en chantant doucement des berceuses sous la Lune froide de décembre, ça c’est Noel !

Mon tout est James Noel, un poète qui habite dans un avion, un pyromane adolescent, un cheval de feu, un poète qui rassemble les autre poètes, ses frères d’Haiti, dans une belle anthologie de la poésie haitienne contemporaine qui vient de sortir, c’est Legba le dieu vaudou des croisements, des passages, des rencontres qui nous fait une surprise en nous amenant dans l’appartement de Boris Vian, chez Boris, notre grand ancêtre notre frère d’âme à James et moi. James débarque tout juste d’Haiti, il est en plein décalage poétique.


 

Haïti sur rêve. Dans la nuit,  je sors prendre l’air devant ce petit restaurant des hauteurs de Port au Prince ou l’on mange et boit avec tous les amis poètes. C’est les prémisses du carnaval, pile deux ans après le grand tremblement de terre. Arrive de loin, avec une lenteur impossible, une procession  sonore de début du monde, un groupe hétéroclite, femmes, vieillards, adolescents, hommes, tous ayant abusés depuis de longues heures de substances variées, légales ou illicites mais en grande quantité. Ailleurs, ils sont ailleurs. Ca se voit dans leurs yeux. Dans leur regard résonne une autre dimension. C’est aussi la dimension artistique, celle ou l’on se régénère, celle ou le peuple haïtien devient un peuple créateur. Ils passent devant moi au ralenti, m’entourent puis m’abandonnent. La musique est aussi douce que sauvage, aussi simple que sophistiquée, elle n’a jamais commencée et ne finira jamais. C’est un des plus beaux moments musicaux de ma vie.


Crédit photo : © Francesco Gattoni