➋ Le destin de Lily Dale

Hey Lily, Lily Dale ! Tu te rappelles ?

Lily, ça fait vraiment longtemps que je ne t’ai pas vu ! Qu’est-ce que tu es devenue ? Miss Lily Dale…  La dernière c’était dans ce bar de l’est, ce petit bar de l’est bleu de fumée, rempli de fugitifs, d’estropiés, de fugueurs, de poétiques déserteurs. Et puis ce très beau cow-boy, gueule d’ange un peu cassée qui restait dans son coin à te regarder.

Comment il s’appelait déjà ? Jim c’est ça ? T’es tombée amoureuse de lui ?

A cause de cet air de gosse perdu, ce sourire en coin d’aventurier largué, cette façon qu’il avait de bégayer à chaque fois qu’il te parlait ? C’est ça Lily ?

Enfin un jour t’étais plus là, disparue Lily ! Et comme lui aussi a disparu, c’était vite plié, tu t’es enfuie, tu as tout quitté, avec lui… Lily, Lily Dale !! Ouais !

Tu m’as beaucoup manqué tu sais, ton sale caractère, ta beauté…

Et puis surtout les fous rires qu’on se prenait à critiquer tous les habitués de ce petit bar bizarre, de ce bar de l’est bleu de fumée.

Oh Lily, and the moon shines Bright…

Oh Lily j’ai su après, oui on m’a tout raconté. Bien sûr vous êtes partis vers l’ouest, mais pas si loin finalement. Apparemment il t’a eu en chantant, Il avait une belle voix hein ?

Ça je m’en rappelle, le cowboy chanteur : « Nous irons vivre libre dans un pays sauvage, nos armes seront l’amour et le courage, mon amour n’ai pas peur, je saurais te défendre et d’un bon coup de botte sonner les serpents à sonnette » qu’il te chantait, ce jeune cowboy à la voix suave, à la gueule un peu cassé.

Bon évidemment, vous étiez totalement fauché, pas un radis ni un kopeck, alors comment on fait Lily, comment on fait ? Vous dormiez à la belle étoile, vous mangiez des baies, myrtilles et groseilles, c’était l’été. Un jour au cœur de la forêt, vous avez croisé un indien blessé, un mec pas commode, un peu désespéré, vu qu’il avait un peu tout perdu. Jim et lui se sont battus, toi tu criais mais ça servait à rien alors tu as commencé à pleurer et ils se sont arrêtés  pour te regarder. Puis je sais pas pourquoi, ils ont commencé à rire. Au début t’étais assez vexée, puis tu as commencé à rire aussi et ils ont arrêtés de se battre. Ils se sont levés et vous êtes devenus amis. Evidemment tu es un peu tombée amoureuse de l’indien au début, ça c’est toi Lily ! Mais c’est pas allé plus loin, t’aimait trop Jim de toute façon et puis l’indien y s’en foutait. Il chassait bien alors vous aviez à manger.

Hey Lily tu te rappelles quand après la fermeture du bar tu m’as emmené à la rivière ?

C’était fin juillet je crois ou début août je sais plus. Il faisait vraiment très chaud cette nuit là.

Tu t’es déshabillée, tu t’es baignée toute nue, tu m’as demandé de te rejoindre. Moi j’ai gardé mes habits, t’étais quand même vachement belle… On a glissé dans l’eau tiède, on a nagé jusqu’à la petite île, on y voyait comme en plein jour avec cette Lune tellement énorme. Sur ce petit banc de sable blanc, tu t’es approchée de moi, tu m’as embrassé, tu te rappelles ?

Après on est rentré, on en a jamais parlé. J’ai écris un poème sur cette fameuse nuit, tu sais ? Mais je ne te l’ai jamais lu, ça s’appelle Le baiser de la Lune :

Dans l’obscure clarté tu me devines
Tu sens quelque chose qui te frôle
Si tu veux je suis l’homme sirène
Ce sont mes deux mains
Les blanches murènes

Let’s swim to the end of the Moon
Love me till I’m gone with the Moon

Lily la dernière fois qu’on vous a vu tous les trois, toi, Jim et l’indien, c’était dans ce patelin pourri près de Kansas City. Après on a complètement perdu votre trace. Lily, Lily Dale… Des fois je vous imagine tous les trois là-bas, le plus loin à l’ouest. Peut être en Californie, qui sait ?

Il paraît que tout est possible en Californie et qu’il y a de la place pour tout le monde !

Enfin, comme tu vois, je pense souvent à toi et ça me rend heureux, triste aussi, triste et heureux ! Lily… t’es où Lily ? Lily Dale !